J'ai mon stylo entre les doigts. Il vole de mot en mot, avide d'écrire ; il est devenu fou. Ma main est bloquée dessus. Cela me coûte de la voir se livrer à de pareilles dépravations. Elle écrit sur le sol, les draps, les murs. Maintenant, elle s'attaque à mon corps nu, après avoir écrit sur mes habits blancs. Ma cellule est la somme de tous mes maux. Mon stylo a couvert mon visage d'encre agressive. Ma main gauche, mon bras, ma poitrine, et mon cou. Mon écriture, qui n'est pourtant plus la mienne depuis longtemps, recouvre mon ventre et mes jambes, ainsi que la plante de mes pieds. Le stylo possède ma main gauche, afin d'écrire sur ma main droite, puis mon bras. Ma hantise est sur le point de se réaliser ; il ne reste presque plus de surface sur laquelle mon stylo puisse gribouiller. Après avoir fini mon bras droit, le stylo va chercher en vain un endroit où continuer son métier, et n'en trouvant pas, il cherchera à atteindre mon dos. Mes hurlements de douleur : mon épaule s'est déboîtée, et la plume délie son oeuvre sur ma colonne vertébrale.Mais ensuite ? Ma langue ? L'intérieur de ma gorge ? Et après...