La vie n'a pas de sens jusqu'au jour où on décide enfin de lui en donner un. Lequel ? Je le cherche encore dans un reflet de soleil aux sonorités qui désignent ce je ne sais quoi qui me porte sans cesse toujours plus haut, toujours plus loin. Ce n'est pas un coeur palpitant ; juste un assemblage de feuilles plus que rudimentaires, mais peu importe. Le bâclé effraye. Les plus belles choses sont toujours cachées derrière des immondices à jeter aux ordures. J'en suis persuadée, alors tout cela, tout mon être, toute ma vie sera un hommage. Je n'ai pas encore trouvé à quoi mais je pense que ça viendra ; n'est ce pas ?
Il fait nuit ; je me retrouve allongée dans le froid et l'humidité de la rue, les yeux tournoyant dans un vide franchement frustrant, fredonnant un air que les passant semble me reprocher. Je ne cherche pas à comprendre pourquoi je chante dans un instant pareil : c'est comme si je me soulevais une dernière fois pour éclater de rire à mon propre enterrement. Je suis allongée, complètement ivre, du sang coule le long de mes jambes. Mais tout ça est secondaire. Ce qui importe, c'est cette envie de donner un sens aux choses qui n'en ont pas ou qui semble ne pas en avoir. Et avec ça, il y a de quoi faire. Comme cette scène absurde d'une nuit d'Octobre. Pourquoi ai-je fait ça ? Franchement je ne saurai vous le dire : peut-être que l'absence de sens nous pousse, par des moyens destructeurs, à des actions démentes qui traduisent l'envie de trouver un sens aux choses qui n'en n'ont pas. C'est comme ce refrain que je chante sur mon bout de bitume. A cet instant, je ne sens ni le froid, ni la douleur, ni l'humidité, ni l'odeur âpre du sang : je ne sens que les vibrations. Douces mais puissantes : elles remontent le long des mes cordes vocales en sortant des notes légèrement fausses. Le son fait trembler mon corps de plaisir, de beauté éraillée, le forçant à vivre, à maintenir un rythme cardiaques suffisant pour vivre encore des années lumières hors du temps et de l'espace que nous nous imposons normalement. J'ai repris une grande inspiration avant de me lever d'un bond, savourant une perte d'équilibre qui me signalait que j'étais encore en vie. Et c'est ici que l'ange entre en jeu. Une main, des cheveux en bataille et de la transpiration qui m'ont au premier abord repoussée ; mais, à vrai dire, je n'étais pas en étât de pousser ni de repousser qui que ce soit. J'ouvre un ½il. Sept heures.